Guet Georges un oublié de 14

En ce centenaire de la fin de la première guerre mondiale, il était naturel de retracer le parcours d’un ancien « poilu » natif de Vouzeron. Après quelques recherches, je me suis intéressé à GUET Georges. Marguerite-Louis, le père de ce natif de notre commune, facteur receveur à Vouzeron, s’est présenté le 2 août 1896 devant le maire, le Baron Roger, pour signaler la naissance de son enfant.

Quand la guerre éclate et que l’ordre de mobilisation est proclamé, un sursis lui est accordé pour poursuivre ses études à Châlons à l’Ecole des Arts & Métiers. Finalement le 13 avril 1915 il est affecté au 10ème régiment d’infanterie. Il va vite découvrir les tirs d’artillerie, les obus à gaz, les tranchées, les morts et les blessés. En automne il se retrouve à Tahure dans le nord-est du département de la Marne, entre Reims et Verdun. Ce village n’existe plus aujourd’hui il a été entièrement détruit lors de ce conflit. Guet Georges y démontre son courage. Il accède au grade de Caporal le 10 décembre puis rapidement de Sergent le 20 décembre et enfin aspirant le 1er janvier 1916. A l’été de cette même année le 10èRI est à Verdun, il fait chaud et pendant 15 jours de combats les troupes sont soumises à des conditions extrêmes. Guet Georges obtient sa première citation pour avoir, en tant que Chef de section, ravitaillé durant les combats les premières lignes.

Photos à Vouzeron

Le 11 mars 1917 il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire à la 11ème compagnie du 3ème bataillon de ce régiment. Et c’est surtout à la fin de ce mois que Guet Georges va connaître le déferlement de l’ennemi. Son régiment se trouve en Champagne à côté de la Butte du Mesnil. Les allemands profitent du mauvais temps (neige et pluie) pour lancer une attaque d’envergure. Les boyaux sont boueux ce qui empêche les hommes de bouger et rend les armes inutilisables. Pendant 6 jours et 4 nuits les combats sont ininterrompus, les troupes allemandes parviennent à pénétrer dans de nombreuses tranchées malgré une résistance acharnée. Guet Georges dirige ses hommes et attaque par 2 fois à la grenade. La progression est stoppée. Une contre-attaque est menée permettant de reprendre le terrain perdu. Le régiment restera dans la région jusqu’à l’été 1917 (Suippes, La Courtine, Vallée de la Tourbe…) où les combats continuent. Ainsi le 12 juin, à sa demande, Guet Georges organise avec un groupe d’hommes une opération « commando » sur la partie sud de la butte du Mesnil qui permettra de ramener des prisonniers en ayant effectué de nombreuses destructions. Par son courage durant cette période, il obtient la croix de guerre avec l’étoile vermeil (une des plus hautes distinctions). Mais c’est durant cette période qu’il comprend le rôle essentiel de l’aviation. En effet les allemands utilisent leurs appareils pour mitrailler et bombarder les lignes de fronts. L’avion devient une arme permettant l’appui des troupes au sol. Le 11 Novembre 1917 soit un an avant la guerre, il est nommé définitivement sous-lieutenant et manifeste son désir de devenir pilote. Il est petit (1,64m), intelligent et a démontré son courage, un parfait candidat.

Carte postale du centre de formation d’Avord à côté de Bourges.

Le 12 décembre 1917 il passe à l’aviation comme élève pilote. Il effectue son apprentissage sur différents modèles dans divers centres comme Etampes, Dijon, Pau, Cazaux ou Voves. Il effectue ainsi un stage de plusieurs semaines en école de perfectionnement à Avord. Il obtient son brevet de pilote n°14595 le 13/07/1918 à Vineuil. Il assurera essentiellement des missions de transmission entre les Postes de Commandements et les vagues d’assaut au plus près du front jusqu’en octobre 1918. L’armistice ne signe pas la fin de sa carrière militaire et de pilote.

2° RAC Neudorf Strasbourg

En novembre 1919 on retrouve GUET Georges sur une photo à Strasbourg. Les premières unités attachées à la IV° Armée arrivent le 24 Novembre 1918 dans cette ville. L’escadre de combat n°2 devient en mai 1919 le groupement de chasse n°2. Le 28 octobre 1919, quelque deux cents avions de chasse venant d’Allemagne se posent à Strasbourg-Neudorf et il faut bien des pilotes pour les convoyer vers les autres bases aériennes. Le 1er janvier 1920, le 2e régiment d’aviation de chasse (2e RAC) est constitué sur ce même terrain. Guet Georges intègre « officiellement » le 2ème régiment d’aviation de chasse à Strasbourg (RAC) le 5 juin 1920. Sur le plan personnel, il se marie à Marguerite, Alice CHOPIN et il aura par la suite 3 enfants.

En septembre 1925, il est affecté au centre d’études aéronautique de Versailles en qualité d’ingénieur de 2ème classe. Il est rayé des cadres de l’armée active dans les mois suivants et part s’installer dans le puy de dôme. Il est promu Capitaine dans la réserve en 1929 et continue à travailler dans le milieu de l’aviation.

C’est durant cette période d’entre deux guerres qu’il participe à la rédaction de plusieurs ouvrages techniques. Certains sont des références notamment la 2ème édition du dictionnaire de l’aviation écrit en collaboration avec André Laine.
Cet ouvrage publié aux éditions Charles-Lavauzelle, 1922, comporte 330 pages et regroupe 190 croquis.
Si vous désirez le parcourir, il est en consultation à cette adresse : http://cnum.cnam.fr/CGI/redire.cgi?12DE127
Lors du premier congrès international de la sécurité aérienne organisé à Paris en 1930, il présente la publication d’une étude sur « la standardisation des statistiques d’accidents aériens ». Il écrira également différent livres sur le métier d’aviateur ou encore sur la réparation des moteurs.
Le 29 décembre 1931, il est fait chevalier de la légion d’honneur suite à son engagement durant le conflit de 1914-1918.

Quand en septembre 1939 la guerre est déclarée, il est rappelé par l’armée et promu Commandant. Mais là c’est une autre histoire…
Il décédera à Clermont-Ferrand le 4 février 1967.

Je tiens à remercier Mr Henri GUYOT, Mr Roger Jacques MARTINEZ et Mr Laurent BEAUDONNAT pour les documents et renseignements transmis.
Si vous avez des informations sur Guet Georges, n’hésitez pas à prendre contact.

Jean Lasson, Histoire & Traditions Vouzeron-Sologne.

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