Le 1er vol Paris-Vouzeron

Que s’est-il passé à la fin du XIXème siècle et plus exactement en 1899 dans notre village ? Certains habitants ont-ils assisté à l’arrivée d’un OVNI ou d’un engin volant extraordinaire ?

L’histoire commence le 15 juin 1899 lors de la 2ème exposition d’automobiles au Jardin des Tuileries. Le publique se presse pour découvrir les nouveaux engins à l’aube du XXème siècle. Ce que l’on sait moins, est que la grande majorité des membres de l’Automobile club de France, organisateur de l’évènement, ont fondé en 1898 l’Aéroclub de France. Les deux cercles partagent d’ailleurs les même locaux, place de la Concorde à Paris. Quelques jours plus tôt, le 12 juin, s’est déroulé la première course de ballons libres au départ de Paris. L’objectif étant de parcourir la plus longue distance. Il faut dire que cette compétition de ballons libres montés a été retenue comme une nouvelle épreuve pour les JO de 1900.

Ces nouveaux ballons sont généralement gonflés au gaz d’éclairage, provenant de la distillation de la houille en vase clos. Ce gaz est un mélange comportant de nombreux constituants d’hydrogène et de méthane, libre à chaque « aéronaute » de choisir le meilleur mélange. Ces engins sont particulièrement dangereux. Il faut donc veiller à la meilleure étanchéité possible.
Cette première compétition en France a opposé 6 concurrents. Le comte Henri de la Vaulx a remporté l’épreuve à bord de son ballon le « Centaure ». Il a dû stopper son aéronef sur une plage de Vendée pour ne pas s’aventurer au-dessus de l’océan. Il a reçu une coupe d’or, ayant parcouru presque 400 kms.
Le secret du « Centaure » réside dans la confection élastique de l’étoffe, mélange de coton et de différentes soies ainsi que la jonction de ces pièces de tissus qui le rend complètement hermétique. Il est aussi beaucoup plus gros que les autres ballons de l’époque avec une capacité maximale de 1830 m3.

C’est donc avec fierté, que le comte de la Vaulx décide de présenter son trophée et son ballon à l’exposition automobile. Le samedi 17 juin, son ballon est mis en place et on procède à son remplissage tout le long de la journée. Cette grande boule noire visible de loin attire les visiteurs. Des ballons captifs sont déjà présents sur l’exposition. Ils permettent à chacun de « grimper » dans les aires et redescendre mais ces derniers sont beaucoup plus petits. Chacun veut goûter au frison de se laisser porter par le vent et de couper tout attache à la terre…
Vers 17h00, 3 hommes discutent avec Mr Vaulx pour le convaincre d’effectuer un baptême de l’air en vol libre. Il s’agit de Jacques Faure, qui deviendra un grand aventurier, accompagné de son oncle le baron Albert Oberkampf, négociant en vins et enfin Mr Raymond Lehideux qui dirige une banque familiale à Paris.
Plus tôt dans la journée, un ballon libre a déjà emmené quelques journalistes. A cause de l’absence de vent et d’une masse nuageuse abondante qui ne facilite pas la montée en altitude des ballons, il n’a parcouru qu’un kilomètre avant de devoir se poser. Malgré ces conditions météorologiques peu favorables, le Comte de Vaulx accepte d’effectuer un petit voyage au dessus de la Capitale.

Il est presque 19h, et profitant d’un ciel plus dégagé le Centaure s’élève à partir de la Petite Provence (pourtour du bassin des Tuileries) avec les 4 passagers à bord. Le comte de la Vaulx n’a pas pris beaucoup de lests, le voyage doit être court, entre « gentlemans ». Un léger vent du nord, pousse le ballon vers le sud laissant les passagers admirer le soleil se coucher sur le côté la Tour Eiffel. Tandis que vers l’Est, les derniers rayons font resplendir la cathédrale de Notre Dame sur l’île de la cité. Une petite divergence de courants d’air pousse le ballon un peu à l’ouest permettant aux voyageurs de continuer à contempler Paris malgré l’arrivée d’une légère brume. Mais bientôt de gros nuages viennent obscurcir le ciel. La brume est plus dense, plongeant les aventuriers dans la pénombre. Sous le ballon, le sol se transforme en une mer noire où seules les plus puissantes lumières des maisons percent, faisant penser à de petits navires en détresses. Impossible dans ses conditions d’envisager un atterrissage. Le Centaure continue sa route dans la nuit, obligeant les passagers intrépides de se blottir car le froid est bien présent. Seul Mr Vaulx reste vigilant à maintenir l’équilibre du ballon.
Durant la nuit, le ciel s’éclaircit, faisant apparaître quelques étoiles. A un moment les passagers remarquent un long ruban d’eau très large. Pas de doute, le ballon survole la Loire. Il est un peu moins de 6h du matin quand à l’horizon la clarté d’un nouveau jour se manifeste. Tout doucement le paysage sous le ballon se dessine de nouveau : des bois et des étangs…

Bientôt, le soleil qui monte au dessus de l’horizon, réchauffe les naufragés mais aussi provoque un mouvement ascensionnel du Centaure. Le comte de la Vaulx, a déplié une carte pour essayer de se situer. Une paire de jumelles circule de mains en mains, chacun scrutant les lieux afin de déterminer l’endroit où se trouve le ballon. Tout à coup, quelqu’un s’écrie : « le château du Baron Roger ! » en désignant une grande demeure qui surplombe toute la campagne. Pas de doute avec son allure, ses flèches et ses cheminées, le château est un lieu très reconnaissable pour ceux qui y ont déjà été. Mr Vaulx tire alors la soupape pour vider le gaz et faire descendre le ballon.
Le village de Vouzeron se réveille tout doucement. Le curé du village a déjà fait sonner les cloches pour annoncer la première messe en ce dimanche matin. Déjà quelques femmes accompagnées d’enfants se dirigent vers l’église. Une jeune fille se met à crier de peur : Un astre noir est visible dans le ciel. Les femmes lèvent les yeux et voient cette boule noire se diriger vers le village. Elle grossit… Tout le monde reste figé face à cette apparition même les quelques hommes présents. Le prête sort de son église pour comprendre ce qui se passe. Il observe le ciel, il a déjà vu des ballons et des montgolfières, mais cette « boule » est gigantesque. Heureusement la nacelle devient visible et on commence à entendre les hurlement des passagers. Pourtant certains témoins restent pétrifiés devant cette sphère immense.
Le comte de la Vaulx continue à tirer sur la corde de la soupape pour vider le gaz et pouvoir atterrir. Il essaie de contrôler au mieux son ballon pour passer au-dessus des premières maisons du village. Une corde est lancée de la nacelle. Aussitôt les quelques hommes présents la saisissent et essaient de diriger l’engin. Ils entraînent le ballon vers une pâture toute proche et commencent à tirer sur la corde. Il est 7h30 quand enfin les 4 voyageurs peuvent fouler le sol…

Un an plus tard, le mardi 9 octobre 1900 à 05h20 le même « Centaure » s’envole une nouvelle fois de Vincennes pour l’épreuve de la plus longue distance. Il se posera à Korostychiv, à côté de Kiev en Ukraine après avoir parcouru 1925 Kms. Le comte de Vaulx aura mis presque 36 heures pour établir ce record mondial qui restera inégalé pendant 12 ans !
Le 18 juin 1899, les habitants de Vouzeron ont sans nul doute vu un engin volant en avance sur son époque… Et assisté à la première liaison aérienne Paris/Vouzeron !

Jean Lasson.